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Le mot qui tue - Patrick Boucheron, Vincent Azoulay.epub

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Date de publication 05/08/2017 02:28 (il y a 4 mois)

Description

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Le mot qui tue 
Histoire des violences intellectuelles de l'Antiquité à nos jours

Auteur(s) : Patrick Boucheron, Vincent Azoulay
Nombre de pages : 382
Editeur(s) : Champ Vallon
Date de parution :  12/12/2008
 
Présentation 

A coups d'"anachronismes contrôlés", une vingtaine d'historiens y décrivent les formes de la violence intellectuelle depuis l'Antiquité jusqu'à nos jours, et de l'exécution de Socrate jusqu'à "l'affaire Sokal

Il existe mille et une façons de domestiquer les intellectuels. L'une des plus courantes consiste à fustiger leurs tendances brutales, leur fascination pour la violence, voire leur essentielle férocité. En temps normal, dit-on, ces arrogants s'attribuent une position de surplomb, ils s'autorisent de leur science pour dynamiter le sens commun, tracer de nouvelles frontières entre le vrai et le faux, régenter nos conceptions du monde. En temps de crise, ces pyromanes multiplient les discours incendiaires, ils mettent le feu aux esprits, ils préparent le pire des embrasements.

Tout cela n'est pas faux. En atteste le riche volume collectif qui paraît sous la direction de Vincent Azoulay et Patrick Boucheron. A coups d'"anachronismes contrôlés", une vingtaine d'historiens y décrivent les formes de la violence intellectuelle depuis l'Antiquité jusqu'à nos jours, et de l'exécution de Socrate jusqu'à "l'affaire Sokal". Mais si l'on trouve dans ce livre quelques exemples de l'abjection dont se sont rendus coupables, au fil des siècles, certaines femmes et certains hommes d'idées, on y repère également une entreprise plus discrète, plus originale : la remise à l'honneur de la pensée comme geste offensif, du champ intellectuel comme champ de bataille.

Née dans le fracas de l'affaire Dreyfus, la notion même d'intellectuel implique l'urgence du combat à mener. Et par-delà les situations où un engagement ouvertement politique s'impose, toute théorie digne de ce nom constitue en tant que telle un passage à l'acte. Quiconque tient à une idée sait que sa victoire implique nécessairement un coup de force. Bien sûr, les savants aiment à se présenter comme les membres d'une communauté policée, où les échanges obéissent à une éthique du dialogue respectueux qui remonterait à l'humanisme classique.
Or l'humanisme fut tout sauf une révolution de velours. Son héros, Pétrarque, définissait le théâtre des opérations comme une "arène poussiéreuse et bruissante d'injures". Lui-même prisait l'intimidation, l'invective, l'attaque ad hominem, jusqu'à en faire des armes de destruction massive, comme le rappelle Etienne Anheim. "Te craindre, toi, avec ton cerveau engourdi, ta plume émoussée, ta langue qui fait des noeuds ?", lançait Pétrarque à l'un de ses détracteurs en 1355.

Quant aux philosophes de la Renaissance, ils pratiquaient souvent l'escrime, et réglaient leurs affrontements sur le modèle du duel. Soulignant les liens qui unissaient alors passion du vrai et "sentiment du fer", Pascal Brioist cite ces mots du mathématicien milanais Jérôme Cardan : "Je maniais le poignard en même temps que l'épée, la pique ou la lance (...). Sans armes je savais arracher à mon adversaire un poignard dégainé."
Parce qu'il exige une confrontation des thèses et des arguments, le monde des idées est un univers impitoyable. Il arrive que ces face-à-face sécrètent des procédés indignes, quand le polémiste nourrit un pur déchaînement de haine : il s'en prend au corps de l'adversaire, il fait des jeux de mots sur son nom... bref, il se déshonore. Mais il est aussi des cas où la plus virulente des joutes provoque une avancée de l'esprit. Jérémie Foa avance l'exemple des disputes théologiques qui opposèrent catholiques et réformés durant les guerres de religion. D'une cruauté implacable, ce conflit n'en favorisa pas moins "un essor remarquable de la connaissance érudite". Surtout, il mit en lumière cette fonction des bagarres intellectuelles : "par elles se découvrent ceux qui ont la grâce et ceux qui ne l'ont pas", ceux qui peuvent s'affranchir des règles établies et ceux qui y resteront à jamais enfermés.

LA FRANCHISE PROSCRITE

De ce type de "grâce", notre société semble ne plus vouloir. D'un côté, elle célèbre les pamphlétaires venimeux, qui ne souhaitent rien d'autre qu'anéantir leur cible, ayant tout autre chose en tête que le triomphe de la Vérité. De l'autre, elle chasse les esprits critiques, ceux qui estiment encore assez leurs contemporains pour tenter de les convaincre, quitte à leur dire les choses en face. De là ce phénomène angoissant : dans les colloques académiques comme sur la scène médiatique, la franchise se trouve désormais proscrite. Exprimez le début d'un désaccord avec tel "cher collègue", l'esquisse d'une divergence avec tel "cher confrère", et vous passerez aussitôt pour une brute.
"Dans l'état actuel des choses, constate le sociologue Bernard Lahire dans sa postface, celui qui exerce son sens critique est souvent soupçonné d'agressivité, de méchanceté ou de dureté, et ce, indépendamment de la justesse de la critique. La rigueur intellectuelle est, pour certains, un simple signe de rigidité morale ou psychique, et l'exercice de la critique est réduit à une entreprise malveillante, voire terroriste."

D'après cet article du Journal le monde publié dans la rubrique "Livres" ?

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Merci beaucoup !
Ah ! Ah ! Intéressant. Merci.